Une plage de sable fin, rien de peut l'égaler

Deux ans après la suspension de représentations et la publication de son manifeste, La Capitainerie accueille Gaïa Cuatro, merveilleux quartet, pour un concert très particulier : d’abord il n’aura aucune autre communication qu’un contact avec ses adhérents, abonnés à La Déferlante, inscrits à la newsletter et visiteurs du site ; ensuite, il matérialise le point d’interrogation auquel est arrivée La Capitainerie quant à la suite ou, pour mieux dire, une suite.

Au fil du temps la donne culturelle a changé. D’une part l’aide publique à la culture a sévèrement diminué - sous la forme de subventions, mais aussi celle d’emplois aidés, lesquels ont totalement disparu*. D’autre part, pour diverses raisons, rassembler du public est devenu terriblement hasardeux et demande beaucoup plus de travail**. Et c’est plus spécialement vrai pour les artistes qui ne sont pas en plein dans les radars, quel que soit leur niveau.

A cause de cela, considérablement amplifié par l’absurde absence de soutien de notre territoire, La Capitainerie ne peut poursuivre son action avec les seuls leviers dont elle disposait jusqu’à présent. Et tenter de reprendre comme précédemment n’aboutirait qu’à un éphémère chant du cygne.    Pour reprendre son action, La Capitainerie doit actionner de nouveaux leviers. Notamment, s’appuyer sur ses spectateurs pour en rassembler d’autres ; en pratique, remettre le bouche à oreille - la meilleure des communications, en matière d’art ? - à l’ordre du jour. Il s’agit sans doute, ni plus ni moins, de réinventer la relation entre le lieu et son public.    Le concert de Gaïa Cuatro sera ainsi, aussi, un test puisqu’il repose essentiellement sur le bouche à oreille.

 

* Une seule illustration, pour ce qui nous concerne : entre 1998 et 2006 nous avions un salarié à plein temps - en emploi jeune - dont 90% du salaire (charges incluses) était pris en charge. Ce serait l’équivalent aujourd’hui d’une subvention annuelle de 17000€, mais surtout une trentaine d’heures de travail financé par semaine...
** Il y a au moins deux raisons à cela : d’une part, nous sommes tous submergés d’informations qui nous arrivent par tous les canaux possibles et trop d’info tue l’info ; d’autre part, il est observé de façon très générale une baisse de la curiosité (dans les librairies, dans les salles, chez les disquaires, etc), et le fossé entre ce qui marche (cartonne) et ce qui reste confidentiel s’est considérablement creusé - et continue sans doute de le faire.